Avis d'experts scientifiques

Vers une nouvelle gouvernance environnementale éclairée

Par Léa Sébastien, Docteur en Sociologie de l’Environnement



Les désordres écologiques posent au niveau local, comme niveau global, une question centrale : comment vivre ensemble ? Ou plus précisément : comment décider ensemble ? C’est dans ce contexte que la vieille notion de gouvernance revient aujourd’hui à la mode. Elle désigne en effet le processus qui tente de réunir l’ensemble des parties intéressées autour d’un problème pour l’organisation d’une décision collective. Comment faciliter une négociation environnementale dans un contexte multi-acteurs ? Comment faire participer des acteurs absents (vivant biologique et générations futures) et des acteurs faibles (ceux qui ne disposent pas des meilleurs atouts pour négocier) ? Ces questionnements sont particulièrement d’actualité dans le domaine de l’eau, décrétée patrimoine commun de la nation par la Directive Cadre Européenne. Seule une réflexion conjuguée entre sciences de la nature et sciences humaines peut apporter des réponses aux problématiques de l’hydrosystème et éclairer les gestionnaires. En ce qui concerne les écosystèmes, il va s’agir d’affiner la compréhension du fonctionnement physique des cours d’eau. Du point de vue de la sociologie, il s’agira de mieux définir la nature des structures sociales agissantes et de comprendre la perception sociale du changement.


Un outil possible de la gouvernance locale de l’eau : le modèle conceptuel d’analyse « Acteur en 4 Dimensions » (A4D). Issu d’une réflexion transdisciplinaire, il s’attache à appréhender les jeux d’acteurs sur un territoire, par l’étude des interactions entre humains d’une part, et entre l’homme et la nature d’autre part. L’étude des relations humaines permet de mettre en évidence la nature et le rôle des acteurs faibles du territoire. L’étude des relations homme-nature quant à elle, permet de mesurer l’importance accordée aux acteurs absents. L’objectif est d’atteindre une gouvernance environnementale dite éclairée, c’est-à-dire portée par un médiateur qui puisse mettre en lumière les enjeux des faibles et des absents. Plus précisément, s'appuyant sur l'A4D, un médiateur est en mesure d'identifier des porte-voix des acteurs faibles et des porte-parole des acteurs absents ou introduire dans le débat des éléments d’information ou de diagnostic permettant leur prise en compte. Tâcher de décrire et de se représenter les relations entre humains ainsi que celles entre humains et patrimoines à l’échelle d’un territoire dans le cadre d’une problématique environnementale : voilà ce que propose le modèle A4D. Il invite ainsi à une approche socio-centrée du développement durable et représente une base de travail pour l’organisation d’une démarche de gestion intégrée et participative des ressources naturelles.