L’adaptation au changement climatique, une question devenue centrale
Par Pierre Radanne, ancien président de l'ADEME, consultant expert en questions énergétiques
La négociation du Protocole de Kyoto a proposé que chaque pays élabore des plans nationaux d’adaptation. Les pays industrialisés, premiers concernés par les obligations du Protocole de Kyoto se sentaient alors peu concernés par cette question de l’adaptation, les zones du monde les plus vulnérables étant en effet souvent des pays parmi les plus pauvres : zones tropicales exposées aux cyclones, populations des deltas surpeuplés et des atolls du Pacifique menacées par la hausse du niveau de la mer, régions pré-désertiques... De là découle un paradoxe : si les pays en développement sont les plus exposés aux effets du changement climatique, la mise en place de politiques d’adaptation y fut suspendue à l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto.
Depuis quelques années, notre relation aux accidents climatiques extrêmes a profondément changé. A une attention confuse portée aux accidents climatiques a petit à petit succédé une franche inquiétude. Les accidents climatiques semblent à la fois plus fréquents et surtout de force accrue. Les exemples dans les 5 dernières années en sont nombreux : les deux tempêtes de décembre 99 en France, des inondations de grande ampleur (Venezuela, Chine, Honduras), des incendies dus à des sécheresses particulièrement dévastatrices (Indonésie, région des Rocheuses aux USA, au Portugal), la canicule d’août 2003 en Europe occidentale, des famines dues à des insuffisances de récolte (Niger) et tout récemment la succession de cyclones dans le Golfe du Mexique dont Katrina qui a ravagé la Nouvelle-Orléans. Ainsi, le bulletin météo quotidien entre souvent dans le journal télévisé dès lors qu’il s’agit d’événements à forte conséquences sociales, économiques et donc politiques. Quand un accident survient, en même temps que les secours s’organisent, on débat vite des responsabilités : absence d’alerte préventive, insuffisance de moyens pour les secours mais aussi des politiques concernant l’énergie ou l’urbanisme qui ont accru cette vulnérabilité. L’événement climatique dévastateur prend dorénavant une portée sociale et politique elle aussi déstabilisatrice.
Des accidents climatiques récents, des enseignements peuvent être tirés :
1/ Les dégâts matériels et les pertes humaines sont dramatiquement plus graves dans les pays les plus pauvres, du fait de la fragilité des constructions, de l’insuffisance des infrastructures d’acheminement des aides et des capacités hospitalières.
2/ Les sociétés les plus technologiques présentent aussi une grande vulnérabilité face aux épisodes extrêmes soudains (cyclones, inondations)
3/ Les investissements qui permettent de réduire la vulnérabilité concernent des travaux lourds et longs : digues, réhabilitation de bâtiments, barrages.
4/ Les effets des accidents sont aggravés par la faiblesse de culture collective. La canicule de l’été 2003 en France le montre nettement ; les 15.000 morts ont été surtout provoquées par des comportements inadaptés.
5/ Il n’existe pas de force d’intervention internationale structurée pour répondre ni aux accidents climatiques ni aux catastrophes naturelles.
La question de l’adaptation est maintenant comprise comme touchant tous les pays et demandant des moyens et des réponses collectives. Ces quelques constats appellent donc à :
Il faudra dans les années qui viennent mieux évaluer les dégâts liés au changement climatique et inclure un axe de politique d’adaptation dans le Protocole qui prendra la suite du Protocole de Kyoto après 2010. L’avenir de la négociation climatique va en effet fortement dépendre de la solidarité et du sérieux qui existeront dans la réponse aux accidents climatiques. Cela sera décisif pour l’intégration des pays les plus vulnérables. Ce sera aussi dans tous les pays un point clé sur lequel l’opinion publique jugera les politiques.